9 mars 2012
Naomi Fontaine, Kuessipan
Mathieu Arsenault écrit: Pas de récit, pas d’intrigue. Parce que l'écriture de Naomi Fontaine, derrière son calme apparent, résiste d’une manière acharnée. Elle résiste à la tentation du trash qu’elle observe pourtant de très près. Les caisses de 24, les pilules d'ecstasy, les maisons laissées à l'abandon sont comme des bêtes qui rôdent autour des enfants insouciants. Elle résiste aussi à la tentation de se replier complètement sur la nostalgie du bois, de la chasse, de la vie nomade. Kuessipan essaie plutôt par son écriture fragmentée de rapiécer un espace où l'avenir redevient possible pour les Innus, en rassemblant une à une des images que font tenir ensemble les figures de la mère et de l’enfant, qui portent sur leurs épaules le poids de tous les récits à venir.
Oui, un travail de colle rare, de faire tenir ensemble, de ne pas bouger, de rétention. De castastrophes évitées. Le respir ne revient que bien après la fin de la lecture.
Naomi Fontaine, Kuessipan, Mémoire d'encrier, 2011
8 mars 2012
Julie Brisebois, Pit Boilard, personnage de réseaux sociaux
Pit Boilard ne pourrait pas être un personnage de roman, car il n’a en réalité que la superficialité d’un dispositif langagier, indissociable des réseaux sociaux sur lesquels il est apparu. Il ne fait en effet qu'opposer son refus colérique de participer, de socialiser, de donner son assentiment à qui ou à quoi que ce soit, et ce, à coups de jurons criés en majuscules et de fragments délirants de sa supposée existence. La caricature absurde du personnage de black métalleux bourru et misanthrope de Julie Brisebois a cependant une portee plus grande: le mépris radical de Pit Boilard pour toute la futilité des échanges sans contenu le rend plus sérieux, plus intègre et finalement plus crédible que ces personnages superficiels que nous devenons inévitablement à chaque fois que nous cédons à la banalité du bavardage dont se nourrissent les réseaux sociaux.
Julie Brisebois, Pit Boilard, facebook.com/TABARNAQUE
Makenzy Orcel, Les Latrines
Selon la carte de hockey d'auteur:
Les littéraires puritains ne cessent de répéter que la provocation genre fourrer-crosser-décher à la Sade-Bataille-Guyotat, c'est dépassé. Mais les puritains pensent aussi qu’il est impossible que la corruption, l'oppression et le mépris des élites pour les déshérités de la Terre soient aussi choquants et généralisés qu'on le prétend. Dans ce contexte de misère mondialisée, Les latrines sont cet espace exigu ou la Révolution n'a jamais cesse d'avoir lieu, quand on n’a plus que le corps et le cul pour continuer à faire souffler ce vent de liberté sans concession qu'on n'espère plus nulle part ailleurs, porté par une phrase qui tue, et un rythme pas possible en plus. Si jamais un jour Makenzy Orcel remportait le prix Nobel, ça fuckerait pas mal notre projet d'Académie qui est, on le rappelle, de ne donner des prix qu'à ceux qui ont peu dechances d'en avoir ailleurs, et on serait pas mal de mauvaise humeur au bureau.
Makenzy Orcel, Les Latrines, Mémoire d'encrier, 2011
6 mars 2012
Alison McCreesh, Alison a fini l'école, blogue
Outre le traitement visuel toujours approprié aux situations qu’elle décrit, les dessins du carnet de voyage de McCreesh ont cette propriété de faire apparaître à quel point la photographie est impuissante à décrire les souvenirs de voyage. Ce ne sont parfois que des esquisses de paysage, comme s’ils étaient tracés après-coup, mais à d’autres moments ils détaillent soigneusement une scène et en captent la singularité. Parfois, le dessin s’effiloche aussi en périphérie, exactement comme on se rappelle un moment du voyage, par le détail d’une scène dont on a oublié le contexte, ou par des fragments de récit qui ne gardent que l’essentiel. Le trait de McCreesh, enfin, léger, parfois nonchalant, sans attaches, donne véritablement le goût de partir et c’est là une qualité inouïe.
Alison McCreesh, Alison a fini l'école, http://alisonmccreesh.canalblog.com/
Patrick Brisebois, Chant pour enfants morts, la réédition
Selon la carte de hockey d'auteur:
Le quadrillage artificiel et normalisé de la banlieue a fait disparaître l'angoisse que connaissaient les enfants vivant en bordure de ces paysages sauvages faits de marais et de sous-bois inquiétants, espaces par excellence des monstres et des fantômes. Mais la banlieue a aussi jeté ces mêmes enfants hors du territoire des mythes et de l'imaginaire qui structuraient leur rapport au monde, les laissant ainsi prisonniers dans des corps d'adultes à la dérive sans espoir de salut. Il fallait souligner la réédition de ce roman d'un gothique proprement québécois, où le fantastique est toujours suggéré plutôt qu'explicite, augmenté de plusieurs chapitres que l'écrivain mature a cru bon d'ajouter et qui complètent plusieurs lacunes du récit original.
Cela dit, défénitivement il y a des scènes originales qui me manquent. Mais je suis pour réécrire, réinventer, remettre au goût du jour un livre puissant à (re)connaître. Définitivement.
Patrick Brisebois, Chant pour enfants morts, Le Quartanier, 2011.
5 mars 2012
Kayou Lepage, Le jour des vidanges, blogue
Tiré de Doctorak, go! :
Le territoire langagier et visuel du Jour des vidanges se trouve partout dès qu’on s’éloigne des espaces institutionnels du langage. Les textes d’opinion, commentaires de blogues, chaînes de lettres, livres autopubliés, Kayou Lepage ne fait pas que les parodier, il manie avec dextérité leur matériau syntaxique pour en faire ressortir l’inquiétante étrangeté, leurs sous-entendus violents, schizophrènes, racistes, lubriques ou psychopathes. On imagine mal le degré d’entraînement qu’il faut atteindre pour arriver à tordre aussi parfaitement cette grammaire misérable qui donne sa forme à l’intolérance ordinaire, c’est la raison pour laquelle il fallait souligner les cinq années d’existence de ce blogue, à parution régulière dont l’humour trash n’est comparable qu’à celui d’Henriette Valium.
Kayou Lepage, Le jour des vidanges, http://www.lesvidanges.blogspot.com/
4 mars 2012
Jean-Philippe Tremblay, Carnavals divers
Comme Mathieu Arsenault l'écrira sur la carte de hockey d'auteur:
Tremblay fait fonctionner ensemble deux aspects de la vie urbaine. La décadence hipster faite de pistes de danse ironique, de soirées de poudre blasées et de baises sans conviction avec le cri informe de l'opinion publique formattée par les médias de masse. Le projet de Carnavals divers est de démontrer que ces deux réalités sont complémentaires et forment les deux facettes de la même vacuité politique qui évide la subjectivité et rend impossible tout lyrisme, toute sincérité, toute aspiration poétique. Mais paradoxalement, en combattant sans relâche sa propre stupeur et la tentation de se taire définitivement, Tremblay atteint cette force véritablement tragique dont rêvent en vain beaucoup de poètes actuels.
Pour moi Carnavals divers ce sera toujours une voix, basse, qui me parle à moi toute seule. Une écriture poétique comme on a rarement pu en lire au Québec francophone, comme si enfin s'était transposée la quotidienneté bouleversante des québécois anglophones dans un recueil en français. Enfin! ... et merveilleusement.
Jean-Philippe Tremblay, Carnavals divers, L'écrou, 2011.
3 mars 2012
Daniel Canty, Wigrum
Comme le dira la carte mise en oeuvre par Doctorak, go!:
L’angoisse provoquée par la culture dématérialisée, combinée à l’encyclopédisme proprement geek de notre époque, a pour répercussion de redonner toute leur grandeur aux cabinets de curiosité constitués d’objets riches d’une histoire singulière, au parcours unique, qui n’ont de valeur qu’en vertu des récits étranges, improbables ou exotiques qu’ils retiennent. Constitué comme un catalogue d’objets extraordinaires, Wigrum ne fait pas que tenir compte de cette fascination pour les collections hétéroclites, il la porte à son aboutissement, décrivant de faux objets dans un roman sans histoire qui contient pourtant les fragments excentriques mais bien réels de la culture savante et artistique des deux derniers siècles.
Pour commencer, pour finir et pour s'y ancrer, il faut se laisser bouleverser par la postface. J'ai tourné tous ses coins de pages, flabbergastée.
Daniel Canty, Wigrum, La Peuplade, 2011.
29 février 2012
Alexandre Dostie et Pierre Brouillette-Hamelin - Duo Camaro
Comme le dira la carte de hockey écrite par Mathieu Arsenault:
Ils sont deux sur scène, guitare et voix, rien de plus. L’atmosphère s’installe petit à petit : riff hypnotique et le regard intense de Dostie, perdu vers le fond de la salle, concentré comme peu de poètes en sont capables. Ce que nous allons entendre, une histoire de trash de région, avec des filles à la dérive et des hommes d’une autre époque, sera entièrement improvisé. Le public est fasciné, happé par la cohésion de la musique et du flot de Dostie anticipant la catastrophe vers laquelle l’histoire se dirige inévitablement, car la performance, à peine commencée, est déjà si intense qu’elle ne pourra se terminer qu’en explosion de sang, de sexe ou d’essence. Le duo Camaro est sur scène, le duo Camaro owne la place.
Et pis en plus, ils nous feront tellement une performance merveilleue à ce fabuleux gala de l'Académie de la vie littéraire... T'oublies pas, han? 11 mars, Club Lambi, que du magique...Note-le en pleins de couleurs avec des coeurs autour partout où tu peux, je compte sur toi!
28 février 2012
"On a tellement hâte au troisième gala de l'Académie de la vie littéraire au tournant du 21e siècle" s'exclame la foule en délire
Le troisième gala de l'Académie de la vie littéraire au tournant du 21e siècle est annoncé! Vous vous en doutiez, vous le sentiez, le voilà qui approche, hiiiiiiiiii!
Oh que oui! Il aura lieu le 11 mars 2012 au club Lambi (4465, boulevard Saint-Laurent). Si tout se déroule comme prévu, et jusqu'à maintenant TOUT se déroule comme prévu, ça devrait être juste magique.
Car nous avons travaillé sur un temps rare pour trouver les oeuvres littéraires les plus marquantes de 2011, celles qui valent la peine, celles qui ne ressemblaient à rien dans une année, (ça nous fend le coeur de l'admettre), un peu ordinaire et assez uniforme. Il faudrait quand même souligner l'effort du côté des prix littéraire institutionnels pour être un peu plus exigeants en matière de contenu et de forme, mais, paradoxalement, ça nous a un peu embêtés parce que, on le rappelle, notre seul critère vraiment sérieux, c'est de donner des prix à des textes qui ont peu de chances d'en remporter ailleurs. Mais nous n'irons pas nous en plaindre, car cela nous a permis de nous motiver à chercher plus intensément en périphérie de la production littéraire typique, de ce roman de rentrée humaniste au style épuré et de cette poésie-qui-effleure-le-réel-pour-mieux-le-saisir-à-bras-le-corps, et nous y sommes allés à fond: des textes innus, des textes haïtiens, de la poésie et de la bédé trash-undergound, des blogues, des rééditions, des livres inclassables, on a même un personnage Facebook, c'est dire... Et nous continuons d'être intimement convaincus qu'il s'agit là du meilleur de 2011!
Le troisième gala de l'Académie de la vie littéraire au tournant du 21e siècle
11 mars 2012
Club Lambi
4465, boulevard Saint-Laurent
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